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Entretien avec Marie-Hélène Mello paru dans le magazine La Coquille

Monday, July 6th, 2009

La Coquille, le magazine de l’Association des travailleurs autonomes et micro-entreprises en services linguistiques (ATAMESL), vient de faire paraître un entretien réalisé par son rédacteur en chef Stéphane Aleixandre avec Marie-Hélène Mello. Le dernier numéro de La Coquille (vol. 1, no 2, été 2009) a pour thème le métier de rédacteur.

Voici le texte, que nous rendons accessible ici avec l’aimable autorisation de la rédaction de La Coquille.

PLEINS FEUX SUR… [mariemello] services rédactionnels
entrevue de Stéphane Aleixandre (La Coquille) avec Marie-Hélène Mello

Pour en savoir plus sur la rédaction, La Coquille a rencontré Marie-Hélène Mello, une rédactrice chevronnée, professionnelle depuis neuf ans, qui parle de son métier avec enthousiasme. Elle nous livre quelques réflexions sur son travail, en insistant sur le contexte dans lequel elle l’exerce. Car avant de passer à l’écriture, il y a fort à faire : trouver les clients et les occasions d’affaires, entretenir ses relations, connaître son marché. Autant d’éléments qui occupent une large part du temps du travailleur autonome ou de la micro-entreprise. Un échange enrichissant dont nous vous livrons l’essentiel.

La Coquille : Tu viens d’adhérer à notre asso-ciation. Comment aimes-tu te présenter?
Marie-Hélène : Je suis à la fois journaliste pigiste, pour des publications culturelles sur le cinéma et la musique, et chargée de projets rédactionnels pour la clientèle de mon agence [mariemello]. Les besoins de mes clients sont variés. J’offre donc un service clé en main, qui comprend la rédaction, la révision linguistique et la traduction. De plus en plus, mon travail consiste à superviser des projets pour lesquels j’engage des collaborateurs. Je porte donc plusieurs chapeaux, mais le point commun à tout ce que je fais est l’amour de l’écriture et de la langue.

La Coquille : À partir de quel moment t’es-tu sentie bien établie dans le marché de la rédaction?
Marie-Hélène : Sans doute le jour où j’ai eu tellement de travail que je me suis demandé comment j’allais pouvoir mener à bien mes futurs contrats. C’est toujours comme ça au début : on cherche un rythme et un certain équilibre. Me retrouver avec énormément de travail m’a donné l’impression d’avoir trouvé ma place dans ce milieu, et j’étais heureuse de donner du travail à d’autres pigistes. Mais, même si on a l’impression que tout fonctionne bien, il ne faut jamais cesser de rechercher de nouveaux contrats et de nouveaux clients. Cela peut paraître impossible, faute de temps, mais, à long terme, la démarche en vaut la peine.

La Coquille : Ton site Internet donne l’image d’une personne très organisée. Est-ce qu’avoir un site Web est la meilleure façon de trouver de nouveaux contrats?
Marie-Hélène : C’est le cas pour moi, surtout aujourd’hui, mais ce n’est pas nécessairement vrai pour tout le monde. C’est grâce au site que de nouveaux clients ou de nouveaux collabo-rateurs me contactent. Le bouche à oreille m’a permis d’obtenir mes premiers contrats; l’Internet me permet à présent de me diversifier, de trouver des clients en Europe et d’avoir une certaine stabilité. Le site est indispensable, même pour un débutant. C’est un incontournable, mais on ne peut se reposer uniquement sur lui. Les clients satisfaits sont aussi une bonne source de nouveaux contrats : il ne faut pas sous-estimer le potentiel d’une recommandation. C’est souvent ainsi qu’on se spécialise dans un domaine, sans s’en rendre compte, d’ailleurs.

La Coquille : En général, tes nouveaux clients deviennent-ils des clients réguliers?
Marie-Hélène : La plupart du temps, et c’est l’un de mes principaux objectifs. J’ai trois catégories de clients : ceux qui font appel à moi de façon récurrente, ceux qui recherchent un spécialiste pour leurs projets spéciaux et ceux qui ont besoin d’être dépannés. Le premier type me confiera, par exemple, la rédaction de son bulletin d’association : le mandat est court, mais fréquent et les périodes de travail sont connues à l’avance. Le second pourrait faire appel à moi pour la création de son site. Il s’agit alors d’un gros projet ponctuel. Enfin, le troisième est généralement une entreprise avec un département de rédaction ou de com-munication qui recherche des collaborateurs externes lors d’une surcharge de travail, ou qui veut faire vérifier le travail produit par un employé. Je privilégie pour ma part les clients fidèles que j’apprends à bien connaître. La relation régulière s’avère profitable aux deux parties.

La Coquille : Quels sont les types de rédaction les plus demandés?
Marie-Hélène : Il est difficile de se prononcer de manière générale, car je crois que chaque rédacteur finit par se spécialiser, délibérément ou pas. Je n’ai pas de restriction, je rédige des textes au contenu très divers et pour tout type de format. Cette année, je fais essentiellement de la rédaction publicitaire et de la rédaction pour des sites Web. Cette dernière est très différente des autres types de rédaction. Je sais généralement d’un coup d’oeil si le contenu d’un site a été rédigé ou non par un « rédacteur Web ». Pour devenir un bon rédacteur, écrire dans des styles variés est essentiel. On apprend à s’adapter et, progressivement, on maîtrise des styles et des formats différents. C’est aussi beaucoup plus intéressant que de toujours écrire le même type de texte.

La Coquille : D’après ton expérience, y a-t-il des secteurs qui emploient un grand nombre de rédacteurs et, à l’opposé, d’autres qui, malgré une production volumineuse, n’y font jamais appel?
Marie-Hélène : Les secteurs du commerce et du marketing, tous produits confondus, font très souvent appel aux services de rédacteurs. Je ne pense pas qu’il existe un secteur qui ne fasse jamais appel à des rédacteurs. Cependant, les entreprises ayant des besoins en rédaction spécialisée ou technique ont souvent un spécialiste sur place, ce qui ne les empêche pas de faire réviser ou traduire leurs textes à l’externe. C’est souvent le cas pour les secteurs juridique, médical ou technologique.

La Coquille : Peux-tu identifier un domaine où les rédacteurs spécialisés font défaut?
Marie-Hélène : En cherchant des collabora-teurs pour des mandats très spécialisés, j’ai remarqué qu’il était plus difficile de trouver de bons rédacteurs dans le domaine du bâtiment, de l’électronique, de la science ou encore de l’écologie, qui est de plus en plus en vogue. Il existe en fait d’excellents rédacteurs dans ces domaines, mais ils sont très sollicités et leur tarif est élevé. Il y a de la place sur le marché pour beaucoup plus de rédacteurs spécialisés, mais le travail requiert souvent des études dans deux domaines. Les pigistes qui ont ce profil sont rares.

La Coquille : Nous souhaitons tous ne pas com-mettre d’erreurs dans notre discipline. Y’en a-t-il une fréquemment commise par les rédacteurs?
Marie-Hélène : Après réflexion, je dirais que c’est arrêter de prospecter lorsque l’on sent que tout va bien et que les clients sont là. Il ne faut rien tenir pour acquis et je reviens à ce que j’ai mentionné plus tôt : même une fois établi, avec un volume de travail élevé et un grand nombre de clients, il est indispensable de continuer les démarches pour élargir ou diversifier sa clientèle. Quand on est débordé, on a tendance à ne penser qu’à court terme.

La Coquille : Pour conclure cette entrevue par des mots porteurs, quel est le meilleur conseil que tu donnerais à un rédacteur?
Marie-Hélène : J’aimerais insister sur une étape essentielle, une chose à accomplir dès que la décision de devenir pigiste est prise : il faut prendre contact avec toutes ses anciennes relations professionnelles et personnelles pour annoncer que l’on travaille à présent à son compte. C’est souvent de cette démarche que proviennent les premiers contrats. Un autre conseil : notez tout. Les noms et les coordonnées, les dates, l’objet des requêtes, même pour les projets qui n’ont pas abouti. Constituez un journal de bord professionnel qui vous sera précieux dans vos relations d’affaires. Enfin, je voudrais insister sur l’importance de s’entourer de rédacteurs et de linguistes. Il me paraît important de côtoyer des personnes qui font le même travail, d’échanger avec eux des trucs ou des contacts, de se référer mutuellement et de s’aider à l’occasion. Si je ne peux prendre un contrat, je n’hésite pas à recommander un rédacteur que je connais. Certains pigistes ont tendance à s’isoler ou à craindre de se faire « voler » leurs clients en procédant ainsi. Je pense qu’il s’agit d’une erreur et que les clients reviendront toujours s’ils ont été satisfaits de notre travail. Nous devons nous considérer comme des alliés, pas comme des concurrents.

Source: Stéphane Aleixandre, La Coquille, vol. 1, no 2, p. 4-6.